L'audience se rendit tout doucement dans l'auditoire, déposant lentement leur parapluies et mentaux et discutant des futilités jusqu'à ce que les écrivains furent présentés et qu'ils prirent place sur la scène. Sur la demande de Golan, Keret lut une histoire issue de sa première collection publiée, du titre de Pipe-lines.
Dans l'histoire choisie, "Tuyaux", un homme souffrant d'"un sévère trouble de la perception" travaille dans une usine fabriquant des tuyaux, lorsqu'un jour, il construit un tuyau bizarrement alambiqué, juste pour le plaisir, et découvre que les billes qu'il y enfile disparaissent. Intrigué par cette impossibilité, il construit une réplique plus large du tuyau et rampe à l'intérieur pour découvrir un paradis pour toutes les personnes inadaptées sur terre.
Le public rit sensiblement à l'écoute de la conclusion de l'histoire avant d'entendre une autre histoire : celle pleine d'ironie de la première réalisation que Keret voulait écrire.
Keret écrit "tuyaux" alors qu'il avait 19 ans et accomplissait son service militaire et, une fois l'histoire terminée, "je la soumis à mon frère. C'était tôt le matin et je vins à son appartement et le réveillai. Il me dit " je lirai l'histoire en sortant le chien." Mais mon frère aimait beaucoup lire et il traînait le chien plutôt que de le sortir; on pouvait voir le chien se faire tirer sur la chaussée. Lorsqu'il eût fini l'histoire, il dit que c'était beau, puis il me demanda si j'en avais une autre copie. Je répondis que oui, alors il se pencha et ramassa la [merde] du chien avec cette dernière. Je pense que ce fut le moment le plus important de ma vie, lorsque je réalisai que je voulais être un écrivain."
Golan, en ouvrant une discussion, se référa à Keret et Kimhi comme une partie de " la première génération [d'écrivains] à se différencier de l'establishment et à être rebelles." Elle les qualifia également de "pas la plus jeune génération d'écrivains", ce à quoi Kimhi d'une manière aigrie remarqua qu'ils étaient "jeunes dans leur cœur".
Keret répondit ensuite aux critiques qui qualifiaient son travail d'apolitique.
" Depuis plusieurs années, la politique était synonyme d'un simple et pragmatique point de vue qui pourrait être résumé en trois ou quatre phrases", dit-il.
" Lorsque quelqu'un vous a disait [ce qu'il pensait de la politique] il n'essayait pas de partager une idée mais plutôt de dire à quel groupe il appartenait; comme s'il vous disait ses équipes de sports préférées ou de quelle couleur était la chemise qu'il portait." Il ajouta que certaines personnes pensent que "la vie est un film américain: on doit comprendre qui sont les méchants et s'ils disparaissaient de la face de la terre, nous en serions plus heureux." Mais, conclut-il, "si je partageais ce point de vue je ne serai pas capable d'écrire de la fiction."
Golan dirigea ensuite la conversation sur le problème des attentes et des influences d'un auteur qui sont particulières en Israël. Kimhi remarqua que "ce pays crée une certaine curiosité pour d'autres peuples disproportionnelle à sa taille."
Keret eut une approche différente de la question, en disant qu'il vit la diversité d'Israël en tant qu'un de ses meilleurs avantages et que " beaucoup d'auteurs célèbres ont été des immigrants ou des enfants d'immigrés ce qui leur donne une plus grande perspective sur la culture dans laquelle ils vivent."
"En Israël il y a toujours eu et il y a encore un sentiment d'urgence," dit-il. "Une fois, j'ai écrit pour une émission satirique (The Cameri Quintet) et les critiques ont dit que ce n'était pas drôle, pas ici, peut-être en Suisse. Ils nous tirent dessus, ne me racontez pas d'histoire sur votre chien parce que nous avons nos priorités ici. Lorsque nous auront la paix dans le Moyen Orient, alors vous pourrez nous parler de votre chien."
Une question du public fut de savoir pourquoi tant d'histoires de Keret sont racontées d'une perspective d'enfant. L'auteur expliqua, " Je pense que j'aime écrire avec une perspective d'enfant parce que les enfants ont le doit de poser des questions que les adultes ne peuvent pas poser. Ils sont initiés à la société [et on leur dit que] c'est le monde et que c'est ainsi qu'il fonctionne. [Une fois que] l'on est adulte, on peut être critique du système mais on reste une partie de ce dernier."
La conversation s'articula ensuite sur la langue hébraïque et le problème de la traduction. Keret commentat que pour lui, " il n'y a pas de meilleur langage pour représenter la réalité telle que j'en ai fait l'expérience que l'hébreu." Il dit aussi qu'au-delà d'être une langue appropriée, il est agréable de travailler en hébreu parce que cette langue est très " ouverte au langage informel, et à l'usage de l'argot de différentes manières créatives."
Une autre question du public s'arrêtât sur le fait que l'anglais de Keret était très bon et demanda s'il pensait que son travail perdait de son sens lorsque traduit. Il fit allusion à une citation de Bialik selon laquelle, "lire une œuvre d'art traduite c'est comme embrasser quelqu'un à travers un mouchoir." Il ajouta que son traducteur rencontre parfois des difficultés à traduire son style de langage et lui dit " si je garde cette phrase en anglais ça donnerait un style mi-shakespearien , mi-rap incohérent.
Une des dernières questions de la soirée fut de savoir comment les Juifs de la Diaspora ont influencé la façon dont Keret et Kimhi perçoivent leur propre culture. Keret dit, "Bien qu'il y ait beaucoup d'auteurs Israéliens que j'admire, je pense que les écrivains qui m'ont le plus influencé viennent de la Diaspora juive."
Il attribua également à la Diaspora le fait d'être l'endroit où le sens de l'humour juif de renom s'est développé mais exprima l'opinion selon laquelle les Juifs de la Diaspora se gênent parfois trop de faire des critiques, citant cet exemple: "lorsque je critique des personnes que j'aime, cela ne met pas en doute mon engagement envers elles