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Beaufort
  Beaufort confronte la réalité changeante d'Israël   

Lors de la projection du film Beaufort en exclusivité pour le MASSA MAP, l'auteur et scénariste Ron Leshem révéla les forces qui l'incitèrent à écrire une œuvre qui n'a pas seulement captivé Israël, mais reçu également une acclamation internationale et une récente nomination pour les Academy Award

 

S'adressant à une salle de théâtre bondée lors de la projection du MASSA MAP du film Beaufort, l'auteur et scénariste Ron Leshem décrit son ancien niveau de détachement de l'expérience de soldats Israéliens servant au front lors de la première guerre du Liban, une perception qui le mena à écrire Beaufort. Le roman connu un énorme succès en Israël et fut adapté pour un long-métrage, un exploit que la plupart croyait impossible dans un pays qui traditionnellement garde la guerre contemporaine hors de ses médias de divertissement. Le film Beaufort, sur le scénario duquel Leshem travailla en collaboration avec le réalisateur Joseph Cedar, fut internationalement acclamé, et gagna le prix du réalisateur au
 

festival international du film de Berlin de même qu'une nomination pour les Academy Award 2008 pour le meilleur film étranger.

 

Un des piliers du sentiment d'identité israélien est la jeunesse en uniforme. L'expérience de l'armée, obligatoire à la fois pour les femmes et pour les hommes a traditionnellement été un dénominateur commun de la société israélienne, outrepassant la démographie, le statut socio-économique, l'origine ethnique voir même, en ce qui concerne les Druzes, l'affiliation religieuse et la race.

 

Lors de la projection du film, Leshem révéla à son public international à quel point cette identité collective s'est effilée en Israël. Les personnes au front "ne sont pas les habitants de Tel Aviv", explique Leshem, mais plutôt les personnes issus d'une couche socio-économique de la population inférieure ou des adeptes d'une idéologie religieuse nationale, une réalité qui sollicite des questions, "Qui envoyons-nous mourir pour nous?"

A la fois le roman et le film confrontent le détachement émergeant du citoyen envers le soldat. Alors que le roman examine de manière plus approfondie les complexités émotionnelles d'un soldat se battant sans le soutien de sa société, le film s'efforce d'isoler visuellement le soldat dans une réalité que la société israélienne ni ne soutient, ni ne comprend.

 L'intégralité du film se passe sur  la montagne de Beaufort dans le sud Liban. Les seuls personnages apparaissant sur l'écran sont des personnes qui sont venues à la base militaire ou des personnages défilant sur l’écran de la télévision de la base. Il n'y a pas de femme ni de prise de vue du monde extérieur. Il n'y a non plus pas de prise de vue de l'ennemi. Néanmoins sa présence est constamment ressentie par des bombardements de roquettes, des routes minées, et une montagne de morts.

Piégés au sein des murs de leur base, dans la peur,  en colère du manque de soutien et traumatisé par leur perte, les soldats doivent défendre leur position et rester en vie tout en étant continuellement frustrés par un ennemi invisible et un dialogue interne harcelant leur cerveau exigeant une rationalisation de leur présence. Malgré la brutalité de la situation, il y a une attraction conséquente par la montagne et par l'expérience, un thème présent tout au long du film mais exploré plus profondément dans le roman. « La guerre manque à plusieurs d'entre eux, mais ils n'en parlent pas," explique Leshem. "Tu percevras toujours un quelconque désir d'expérience."

 

Les origines du roman de Leshem viennent de  Gaza, au début du premier Intifada, juste après le retrait des forces armées israéliennes du Liban. Envoyé pour couvrir la violence à Gaza pour le journal Yediot Ahronot,  Leshem entend un soldat israélien qualifiant Gaza à son ami de "putain de Saigon". Le commentaire attira l'attention de Leshem si bien qu'il poursuivi le soldat pour finalement documenter son expérience et sa perspective au travers d'une série d'entretiens et d'une relation qui s'approfondit. "Il était en colère contre moi", raconte Leshem, "le fait que je sois de Tel Aviv. Ce qui le rendait si furieux était que en fin de compte s'il se faisait tuer, je ne le saurai même pas." Cette rancune contre le détachement de la société israélienne envers les réalités du Liban, exprimée par ce soldat et d'autres, devint un des premiers thèmes pénétrant le roman de Leshem.

"Je ne vais pas intéresser ce mec dans ce café sur la rue Sheinkin si on me fait exploser d'ici quelques minutes. Il continuera à boire de sa tasse,  au moment même où cela arrivera il dira probablement une blague et tout le monde fera semblant de rire et après il rentrera à la maison coucher avec sa femme, il ne va même pas mettre les nouvelles, et, en ce qui le concerne, rien ne ce sera produit ce soir-là."

 

Bien que le film présente un détachement sociétal vis-à-vis des réalités militaires, le message que le réalisateur Joseph Ceder présente est un peu plus cynique que l'armée israélienne elle-même. Alors que Leshem consacra la plupart du roman à des thèmes sociaux au moyen d’une technique qu'il décrit comme un "réalisme charmant", Ceder n'a jamais consciemment  fermé les yeux sur la violence et la brutalité de la situation à Beaufort, de même n'a-t-il jamais cherché à romancer ce que Leshem appelle la "simplicité de la mort". "Le film,"déclare Leshem, "s'est avéré complètement différent de ce que j'avais écrit, mais j'aime ça."

La critique de Ceder de l'armée israélienne provoqua des commentaires et des tensions en Israël lors de la sortie du film dans les cinémas. Le fait que plus de 60% des acteurs qui auditionnèrent pur le film choisirent de se retirer complètement de leur service militaire enflamma une campagne de boycott. Dans un article récent du New York Times, Ceder contra une telle critique avec cette remarque, "De la façon dont je le vois, il y a plus d'une façon de contribuer à détourner nos ennemis, autres qu'avec des tanks."

 

Le film Beaufort est sorti le 8 mars 2007 et a gagné 4 récompenses de l'académie du film israélienne de même que l'ours d'argent au festival du film de Berlin pour le meilleur réalisateur.

 

 

Le roman Beaufort, dans sa première édition en Israël en 2005 a gagné le meilleur prix littéraire d'Israël en 2006 de même que le prix Yitzhak Sadeh de littérature militaire. La traduction anglaise a été publiée en 2007. Beaufort est le premier roman de Leshem.

 

Plus d'information sur la soirée film du MASSA MAP

 

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